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2006
Le Spectre des Jardins
Exposition de Jean-Charles Pigeau
Domaine de Coubertin
du 13 septembre au 12 novembre 2006

 

FUIE. 2004-2006. Jean-Charles Pigeau
Plâtre avec miroir concave et optique 200°. Diamètre 39 cm. Hauteur 34cm; Support en acier. Hauteur totale 1,40m.

 

Chez Jean-Charles Pigeau, depuis toujours, le travail avance par sympathie, ressemblance, affinités. Les antipodes se rencontrent, comme par enchantement, les antithèses se rejoignent : le retournement de l’autre dans le même est comme un trope fondateur dans son travail.

On croirait parfois qu’il est habité par la martingale du Maître des hasards objectifs. Pourtant, rien de surréaliste chez lui, juste une attention aux choses, trop alerte pour que les fils qui tendent l’univers et font que tout se relie passent inaperçus à ses yeux.

Il y eut ainsi l’expérience du colombier de Coubertin en 1975, et puis le hasard des affinités le fait retrouver vingt ans après ce même colombier dont la forme parfaite marque si fortement le paysage environnant. Il y eut aussi ces mots inattendus qui se nouent dans la tête du cruciverbiste, se croisent et se recroisent tissant à leur tour des configurations inédites. FUIE, n.f. (v.1135) d’abord “fuite” puis “refuge”, désigne encore régionalement une petite volière (1248).

Quelle étrange appellation pour une cage à oiseau qui par définition empêche la fuite, retient derrière ses barreaux l’oiseau volage ! Les mots sont renversants : cul par-dessus tête. Comme ce pigeonnier aux proportions harmonieuses inscrites dans le paysage qui va se retrouver, paradoxalement, donner le contour de son architecture extérieure à l’intérieur de la sculpture de Pigeau. Comme un secret ouvert à tous les vents qu’on garderait pour soi. Sous cloche !

De ce plein, plein ciel, plein vent, l’artiste inverse la forme pour en faire le creux, le creuset, le secret d’une sculpture dont il faudra découvrir la coupole intérieure par un œilleton et un miroir courbant le regard à 200°. Ce qui se donnait sans retenue dans le paysage de la vallée de Chevreuse, il faudra le gagner, le retrouver par une véritable ascèse du regard. Car cette fois, la perfection qu’on aura découverte au bout de cet effort ne nous aura pas été libéralement donnée, comme une évidence trop simple favorisant l’inattention ou l’oubli, elle aura été si on ose dire méritée, acquise par une volonté de voir, de comprendre et d’aimer.

Alors la sculpture posée sur son étroit trépied aura pris tout son sens, et après s’être reclus, j’imagine bien qu’à Coubertin, le regard repartira dans le paysage, s’envolera de la Fuie vers le grand colombier, établissant comme un nouveau message que lui aura enseigné l’artiste : le lien des proportions, le rapport de la chose et de sa forme, le même et son autre dans l’unicité gagnée de la sensibilité esthétique.

Jacques Leenhardt

 

 

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