© L'œil 2003
Nomade, toute l'oeuvre de Jean-Charles Pigeau l'est à l'image de cette pièce réalisée en 1993, intitulée Les Conques, sorte de kiosque ouvert fait de sept disques en plâtre, percés et fichés sur tige métallique, au travers desquels souffle le vent. Tour à tour installées sur le mont Paty en 1994, puis sur les sites archéologiques de Vaison-la-Romaine en 1996, de Xochitécatl au Mexique en 1998, enfin devant le centre culturel Tjibaou de Nouméa en 2002, Les Conques sont emblématiques de cette « Eloge de la traversée » (titre d'un ouvrage sur le travail de Pigeau paru en 1998 chez le même éditeur) qui fonde la démarche de l'artiste.
D'un continent l'autre, d'un paysage l'autre, d'une culture l'autre, l'art de cet artiste trouve ses marques dans des implantations éphémères qui tissent au fil du temps une géographie mentale et sensible complètement personnelle. Intitulé « La dialectique du vent », le nouvel ouvrage consacré au sculpteur relate l'expérience néo-calédonienne qu'il a eu l'occasion de faire « Par-delà les tropiques » (autre titre paru en 2002, toujours chez Actes Sud), dans le cadre d'une résidence d'artiste l'été 2002. Outre la nouvelle installation des Conques, on y découvre toute une série de travaux, notamment photographiques, qui se jouent des effets du vent en tentant sa capture. Réalisées suivant les principes archaïques du sténopé, donc de la camera oscura, ceux-ci disent la part de l'insaisissable des relations entre l'homme et la nature.
Tandis qu'un texte de Jean-Claude Bourdais met en valeur la qualité « dispositive » de l'œuvre de Pigeau, un autre de Jacques Leenhardt souligne le caractère éminemment primordial de sa quête dans cette façon qu'a l'artiste d'en appeler à des formes et des techniques toujours simplifiées, voire élémentaires.
Philippe Piguet
Jean-Charles Pigeau, La dialectique du vent , Actes-Sud, 2003, 118 pages, 78 illustrations, 14 euros.
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